« Les Rois maudits » ou la triste fin des Capétiens directs

Louis X, Philippe V, Charles IV: trois rois, trois frères, incarnant le déclin d’une dynastie et étrennant le destin tragique des familles royales de France.

Philippe IV le Bel et ses enfants

Philippe IV le Bel et ses enfants

« Dieu sait qui a tort et a péché, et le malheur s’abattra bientôt sur ceux qui nous condamnent à tort. Dieu vengera notre mort. Seigneur sachez que, en vérité, tous ceux qui nous sont contraires par nous auront à souffrir. » Selon le chroniqueur Geoffroy de Paris, voici ce que Jacques de Molay, dernier maître des Templiers, aurait déclaré sur le bûcher, à l’adresse de ses bourreaux: le pape Clément V et le roi Philippe IV, pour ne citer que les principaux. Cette citation alimente la légende d’une malédiction qui aurait frappé la dynastie capétienne et sert de point de départ au célèbre roman de Maurice Druon, Les Rois maudits, dont la toile de fond est justement les dernières années des rois capétiens directs.

Le grand maître des Templiers n’est sans doute pour rien dans cette affaire mais l’arrêt brutal des trois maisons capétiennes successives, Capétiens directs, Valois et Bourbons, et leur conséquences dramatiques ont de quoi surprendre.

Les règles de succession et le miracle capétien

Dès son accession au trône, en 987, Hugues Capet se consacre à fixer les premières règles successorales. Il cherche par là à tirer les leçons d’un passé récent où les conflits entre Carolingiens et Robertiens ont fragilisé le royaume franc.

Tout d’abord, il se fait sacrer à Noyon, devenant ainsi souverain de droit divin, jusqu’à sa mort. Il fait aussitôt couronner son fils Robert et l’associe au pouvoir. Le successeur d’Hugues est tout désigné et le titre devient héréditaire. Cette pratique perdure jusqu’au sacre de Louis VIII, en 1223. Il est le premier roi capétien à ne pas être couronné du vivant de son père. Pour conserver l’unité du royaume, Hugues Capet n’attribue aucune terre personnelle à son fils aîné: il n’y a qu’un seul royaume qui est transmis dans son intégralité, de père en fils.

Malgré toutes ces précautions, un problème de succession se pose pendant le règne de Robert II: il a trois fils et, quand le premier meurt, il choisit le deuxième pour lui succéder, privilégiant ainsi le principe du droit d’aînesse. La règle successorale étant ainsi fixée, les contestations des branches latérales de la dynastie restent mineures, d’autant plus qu’elles reçoivent des terres en apanage contre une promesse d’hommage au roi.

Toutes ces mesures sont efficaces car, jusqu’en 1316, les Capétiens ne connaissent plus aucun problème de succession. Lorsque Philippe le Bel décède, en 1314, il a trois fils et l’avenir de la dynastie semble assuré.

Le sort s’acharne sur les fils de Philipe IV le Bel

Le premier fils à succéder à Philippe IV est Louis X le Hutin. Quand il meurt, en 1316, il a une fille, Jeanne, et sa seconde épouse est enceinte. En attendant la naissance, son frère Philippe assure la régence. Jean le Posthume naît mais ne survit qu’une semaine. Est-ce Jeanne ou Philippe qui doit lui succéder ? Charles, le second frère de Louis X, alors comte de la Marche, soutient sa nièce Jeanne contre son frère Philippe. Mais c’est ce dernier qui devient roi sous le nom de Philippe V.

Dès son accession au trône et pour asseoir sa légitimité, Philippe V entérine la loi salique selon laquelle les femmes ne peuvent ni accéder au trône de France, ni le transmettre. En 1322, Philippe V meurt à son tour, sans héritier mâle. Charles change d’avis et adopte le principe de la succession masculine. Il devient roi de France, sous le nom de Charles IV et obtient l’annulation de son premier mariage avec Blanche de Bourgogne. Il épouse aussitôt Marie de Luxembourg.

En 1328, Charles IV meurt lui aussi. Sa femme étant enceinte, l’histoire recommence: c’est Philippe de Valois, cousin du roi défunt, qui assure la régence. C’est une fille qui vient au monde et Philippe devient roi de France sous le nom de Philippe VI. La dynastie des Capétiens directs est éteinte, laissant place à celle des Capétiens-Valois.

Une conséquence dramatique: la Guerre de Cent ans

C’est en vertu de la loi salique que Philippe VI de Valois succède à Charles IV. Pourtant, il n’est pas l’héritier le plus proche. En effet, Philippe le Bel, outre ses trois fils, a eu une fille, Isabelle de France, veuve d’Edouard II d’Angleterre et mère du jeune roi Edouard III, qui vient juste de succéder à son père lorsque Charles IV décède. Si la primogéniture mâle interdit à Isabelle de devenir reine de France, en revanche, son fils pourrait revendiquer le trône. Or, la loi salique, ressuscité (pour ne pas dire inventée) depuis peu, l’en interdit.

En Angleterre, la primogéniture mâle n’est pas reconnue et la loi salique encore moins. Edouard III d’Angleterre a de sérieuses prétentions au trône. De plus, il est également duc d’Aquitaine et, à ce titre, il est vassal du roi de France. La situation est très tendue entre les deux royaumes et il en faut peu pour que la guerre de Cent Ans commence. C’est chose faite en 1337: Edouard III rompt son hommage à Philippe VI, conteste sa légitimité et déclare vouloir prendre le titre de roi de France.

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