Artemisia Gentileschi

En 2012, le Musée Maillol – Paris – a consacré une exposition rétrospective à Artemisia Gentileschi (1593-1654), sous-titrée « Pouvoir, gloire et passions d’une femme peintre ».

Judith et Holopherne

Judith et Holopherne

Artemisia Gentileschi est un personnage à part dans le monde de la peinture italienne du XVIIe siècle, d’abord parce que c’est une femme dans un monde d’hommes, ensuite, parce que malgré les vicissitudes de sa vie, elle a connu un succès extraordinaire de son vivant. Aujourd’hui assez peu connue du grand public, elle revient au goût du jour et a même fait l’objet d’un roman(1) et d’un film(2), dans les années 1990.

Un destin digne d’un roman

Née dans une famille d’artistes, Artemisia Gentileschi est l’élève et, probablement, le modèle de son père, Orazio Lomi Gentileschi. Très jeune, elle est capable de composer des tableaux avec une grande maîtrise technique. Son talent est très vite reconnu par son entourage.

A dix-sept ans, Artemisia est victime d’un viol. L’auteur en est Agostino Tassi, un peintre travaillant avec Orazio et son atelier. Il accepte d’épouser la jeune fille mais pour des raisons assez obscures, Orazio décide de dénoncer Tassi. Un procès s’ouvre, en 1612, épisode pénible pour Artemisia. Tassi est condamné à l’exil mais ne purge jamais sa peine.

Artemisia épouse alors un florentin et part s’installer à Florence, en 1613. Elle essaie de monter un atelier et le couple contracte alors de lourdes dettes. En 1616, elle est la première femme inscrite à l’Accademia del Disegno de Florence et travaille pour la cour de Côme II de Médicis. Pourtant, en 1620, le couple part subitement pour Rome. La vie très libre de la jeune peintre finit par faire fuir son mari. Désormais seule, elle atteint enfin la gloire en travaillant pour les plus grandes cours d’Europe.

Après quelques années passées à Venise, elle finit par s’installer à Naples. Excepté un séjour à Londres, Artemisia passe le reste de sa vie à Naples, à la tête d’un atelier très important et très en vue. Les peintures de cette époque sont essentiellement des tableaux de grand format, probablement réalisés à plusieurs mains. Artemisia meurt probablement de la peste, en 1654.

Une peinture violente et féminine

Orazio Gentileschi est un disciple direct de Caravage. Il est donc naturel que sa fille et élève suive ce courant pictural, elle aussi. Pourtant, Artemisia a un traitement très personnel des sujets. Elle sait se démarquer de ce courant dans certaines de ses oeuvres de jeunesse. Ainsi, les tableaux de Vierge à l’Enfant et de La Vierge allaitant sont d’une grande douceur.

Autoportrait en allégorie de la peinture

Autoportrait en allégorie de la peinture

Malgré tout, le clair-obscur correspond bien à la peinture très contrastée d’Artemisia. En effet, elle se caractérise par une certaine violence, dans le choix des sujets comme dans la réalisation. Parmi les thèmes les plus récurrents, se trouve Judith et Holopherne, thème sanglant par excellence, où Judith tranche la tête d’Holopherne, pour sauver son peuple. Le tableau Yaël et Sisera (1620) est dans la même veine: Yaël y perce la tempe de Sisera, avec un clou et un marteau. Si les choix thématiques viennent généralement d’un commanditaire, l’exécution est bien du fait de l’artiste et Artemisia semble mettre un soin particulier à représenter la violence du geste par des mouvements amples.

Sur l’ensemble de la production picturale, encore plus que les sujets violents, une figure est récurrente: la femme. C’est sans doute la raison du choix de cette exposition au coeur du musée Maillol, musée dédié à l’artiste qui a choisi la femme comme unique sujet. Artemisia met systématiquement en avant des femmes dans ses tableaux. Si l’on excepte son Portrait de Gonfalonier (1622), les hommes sont cantonnés à des seconds rôles. Que se soit Bethsabée ou Suzanne, Danaé ou Cléopâtre, des allégories ou des autoportraits, les femmes, nues ou habillées, sont les personnages centraux de la quasi totalité des compositions.

Parcours de l’exposition

Pour une rétrospective, l’ordre chronologique de l’accrochage peut paraître bien banal mais a l’avantage de montrer l’évolution du style d’un artiste. Le musée Maillol a fait un autre choix. Le parti pris, pour l’accrochage, est de mettre en avant l’apogée de sa carrière.

En effet, l’exposition commence par les tableaux grand format de la période napolitaine. A cette époque, entre 1630 et 1654, la peinture d’Artemisia Gentileschi a perdu une partie de son caractère fougueux tant l’intervention du « maître » semble marginale. L’atelier travaille intensément et réutilise certains cartons pour reproduire des compositions.

Dès que les pas du visiteurs atteignent le premier étage où se situent les œuvres de jeunesse d’Artemisia, c’est une révélation, tellement les peintures romaines et florentines semblent refléter une plus grande sincérité et des choix véritablement audacieux. C’est là que toute la mesure du talent de cette artiste exceptionnelle se révèle.

Pour en savoir plus:

http://www.museemaillol.com

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(1) Alexandra Lapierre : Artemisia, Robert Laffont, 1998

(2) Artemisia, film franco-italo-allemand réalisé par Agnès Merlet, 1997

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