Pourquoi l’art gothique est-il né en France au XIIe siècle?

L’art gothique n’est pas né subitement au cours du XIIe siècle, il est le fruit d’un ensemble de circonstances et le résultat de nombreuses influences.

Chevet de la cathédrale de Sens

Chevet de la cathédrale de Sens

Le terme d’art gothique ne naît qu’à la Renaissance, lorsque ce style est considéré comme «digne des Goths» par Giorgio Vasari. Il désigne ainsi l’architecture médiévale du Xe au XVe siècle, incluant aussi l’art roman. L’art gothique tel que nous le connaissons aujourd’hui est l’opus francigenum (œuvre française), entendez par là l’art d’Ile-de-France.

Où et quand art roman et art gothique se distinguent-ils?

La notion d’art roman naît au XIXe siècle, afin de distinguer l’architecture des XIe et XIIe siècles de celle de la fin du Moyen Age. En effet, lors de la seconde moitié du XIIe siècle un art nouveau voit le jour en l’Ile-de-France. Partout ailleurs, l’art roman domine la création. On le reconnaît à ses nefs voûtées, à ses arcs en plein cintre et à son allure plutôt trapue.

Pourtant, de nouvelles formes viennent l’enrichir. Ainsi, une architecture cistercienne naît en Bourgogne, autour de 1140, sous l’impulsion de Bernard de Clairvaux. En accord profond avec l’esprit austère de l’ordre cistercien, cette nouvelle architecture, encore romane, gagne une grande partie de l’Europe. L’Allemagne et l’Italie restent longtemps réfractaires à la diffusion de l’art gothique et il ne s’y implante jamais réellement. Ainsi, dans ces régions comme dans certains coins reculés, l’art roman reste un art vivant jusqu’à la fin du Moyen Age.

Des circonstances favorables

Les premières manifestations de l’art gothique sont très localisées dans le domaine royal, à Saint-Denis, Sens, Senlis et vont de paire avec l’affirmation du pouvoir royal – au milieu du XIIe siècle, la dynastie capétienne commence l’expansion de son domaine, notamment avec Louis VI et Louis VII. Par la suite, le règne de Philippe Auguste (1180-1223) marque un tournant capital, car il intègre de grands fiefs à la couronne et affirme sa puissance à la victoire de Bouvines (1214).

L’essor économique s’appuie sur ces bases territoriales élargies et cette nouvelle stabilité. Evêques et abbés tirent profit de cette prospérité et lancent de grands programmes de construction. Ainsi, un homme d’influence, proche du pouvoir royal, comme Suger, abbé de Saint-Denis (1122-1151), impose sa personnalité à l’architecture de sa nouvelle abbatiale.

Qu’est-ce que le style gothique?

L’architecture domine l’art gothique mais son esthétique se transmet rapidement à la sculpture et au vitrail, puis à l’enluminure, à la peinture et aux objets d’art. Pourtant, le gothique se heurte à un problème de définition. Si chacun sait ce qu’est un monument gothique, quand il s’agit de définir son style, les choses se compliquent considérablement. En fait, l’art gothique se situe en opposition à l’art roman et à l’art de la Renaissance. Pourtant, du point de vue technique, le gothique s’inscrit dans la continuité de l’art roman. C’est le style qui est en totale rupture.

La voûte sur croisée d’ogives et l’arc brisé sont des inventions des constructeurs romans mais les architectes gothiques les utilisent pour définir leur style. Ainsi, l’emploi de l’ogive bouleverse la conception spatiale des édifices, en permettant de réduire le mur et donc de percer des fenêtres plus grandes qui laissent pénétrer une lumière plus abondante.

De la naissance à la diffusion

La théorie de Suger est fondamentale pour l’avenir de ce style en Ile-de-France puis dans le reste de l’Europe: s’inspirant du pseudo-Denys l’Aréopagite, il souhaite que la lumière, symbole de la présence divine, entre dans l’édifice. Le chœur de l’abbatiale de Saint-Denis est reconstruit dans cet esprit, de 1140 à 1144, aussitôt après la façade occidentale. Le chœur et la façade de l’abbatiale sont considérés comme l’origine de l’art gothique mais leurs principes de constructions ne sont pas repris tels quels immédiatement.

En revanche, la cathédrale de Sens, premier grand édifice entièrement gothique, a plus de succès. Les travaux débutent vers 1140 et l’ampleur de la construction pose des problèmes techniques, résolus par l’emploi de la voûte sexpartite sur croisée d’ogives, impliquant l’alternance des supports. Le résultat est un édifice encore trapu mais qui appartient déjà au gothique. Dans les années qui suivent, d’autres grands chantiers voient le jour à Notre-Dame de Paris, Laon et Noyon. Les architectes, souhaitant sans doute alléger les masses, se heurtent au délicat problème des poussées de la voûte sur les murs. Ils choisissent de renforcer le contrebutement par la présence de tribunes, créant ainsi l’élévation à quatre étages, caractéristique du premier art gothique: grandes arcades, tribunes, triforium et fenêtres hautes.

Dans le même temps, les cathédrales de Poitiers et Angers sont reconstruites, avec un voûtement sur croisée d’ogives très bombé sur une nef unique. Ces édifices posent la question de la diffusion hors d’Ile-de-France du nouveau courant, dès cette époque. Ne s’agit-il pas plutôt d’un courant parallèle ? Toujours est-il que le style gothique Plantagenêt, présent à Poitiers et Angers, s’inscrit lui aussi dans la continuité des églises romanes à files de coupoles de l’ouest de la France.

Art gothique ou art roman, l’architecture religieuse du XIIe siècle marque le début d’un grand essor de la construction en Europe.

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