Destins croisés des favoris de Philippe le Bel: Nogaret, Marigny

L’un est toulousain, l’autre est normand, tous deux sont nés vers 1260 et ont consacré leur vie à servir Philippe IV et le royaume de France.

Mort d'Enguerrand de Marigny

Mort d’Enguerrand de Marigny

Guillaume de Nogaret, comme Enguerrand de Marigny, semble destiné à servir le royaume. D’abord professeur de droit romain à l’université de Montpellier, il devient conseiller de grands seigneurs, notamment le roi de Majorque. Sa rencontre avec Philippe le Bel a lieu lors du rachat d’une partie de la seigneurie de Montpellier, par le roi.

Marigny, lui, arrive très jeune à la cour, d’abord au service de la reine Jeanne de Navarre, il devient ensuite secrétaire du chambellan du roi, Hugues de Bouville. Ces deux hommes vont se succéder à la tête des affaires royales, de 1302 à 1314.

Guillaume de Nogaret, un légiste précieux

Nogaret entre au service du roi en devenant juge-mage de la sénéchaussée de Beaucaire, en 1294. L’année suivante, il entre au Conseil du roi, à la demande du chancelier Pierre Flotte, lui-même formé à l’école de droit de Montpellier. Quelques missions menées avec succès lui assurent une place privilégiée au sein du Conseil.

A partir de 1298, il siège au Parlement. Il est rapidement anobli, puis devient chevalier de l’hôtel du roi et, finalement, succède à Pierre Flotte, en 1302, à la direction des affaires royales. Légiste de grande compétence, il exerce son activité dans de nombreux domaines: les finances, l’administration, la diplomatie et son action politique assure la défense et l’extension des droits du roi à l’intérieur du royaume.

Si Philippe le Bel est considéré comme le premier souverain moderne, c’est en grande partie grâce à Nogaret qui a su renforcer le pouvoir royal dans le sens de l’absolutisme; mais surtout il est le premier homme d’Etat à avoir fait appel à l’opinion publique, en convoquant à plusieurs occasions des assemblées des trois Etats du royaume, les futurs Etats généraux.

Enguerrand de Marigny, un chevalier et un financier

Au début du XIVe siècle, Marigny devient le favori de Philippe le Bel. Le roi le comble d’honneurs et de richesses, le nomme chambellan et lui donne les titres de comte de Longueville et de châtelain du Louvre. Rapidement, ce chevalier devient un des principaux conseillers du roi. Il est, avec Guillaume de Nogaret, l’homme le plus influent de la cour.

Contrairement à lui, Enguerrand de Marigny n’est pas un légiste et, bien que n’ayant pas de formation technique, il est pourtant chargé de l’administration des finances. Il participe à toutes les opérations financières et fiscales du début du XIVe siècle, donnant un avis favorable aux diverses altérations de monnaies opérées par le roi et prévoyant aussi l’organisation d’un budget.

Son intelligence lui permet de diriger aussi bien les affaires financières que les affaires extérieures du royaume. Grâce à ses qualités d’homme d’Etat, il succède progressivement à Nogaret à la tête des affaires royales.

Les deux faces de l’exercice du pouvoir

Dès 1300, le roi choisit Nogaret pour être l’artisan de ses desseins les plus sombres. Nogaret prend ainsi une part active dans le conflit d’intérêts qui oppose Philippe IV au pape Boniface VIII. Cette affaire malheureuse s’achève par la mort du pape, en 1304. Malgré tout, Nogaret continue son œuvre à la tête de l’administration royale.

En 1306, Philippe le Bel lui confie la lourde tâche de faire saisir les biens des Juifs de la sénéchaussée de Toulouse, puis de les faire expulser. En 1307, il devient Garde des Sceaux et aussitôt le roi le charge de l’affaire des Templiers. Il organise le procès de l’ordre du Temple, confie les interrogatoires à l’Inquisition et finit par obtenir la suppression de l’ordre.

Au cours des trois dernières années du règne de Philippe le Bel, Marigny fait figure de « ministre des Finances », voire de « Premier ministre ». Il devient tout puissant. En tant qu’unique ordonnateur des dépenses royales, il organise deux caisses qui forment le Trésor: la caisse du Louvre et la caisse du Temple. Il prépare ensuite une grande réforme financière, avant tout fiscale, et pour ce faire il convoque les états du royaume. Mais le roi meurt avant la mise en place de cette réforme.

Les risques du métier: le déshonneur et la mort

Guillaume de Nogaret subit toutes les conséquence de l’épisode d’Agnani. On le rend responsable de la mort de Boniface VIII. Quand Benoît XI absout tous les acteurs du drame, il excepte Nogaret qui n’est absout qu’en 1311. Le procès des Templiers précipite sa chute. D’ailleurs, il n’en voit pas le dernier acte, la mort sur le bûcher de Jacques de Molay, car il meurt en 1313. Mais il a déjà cédé sa place à Enguerrand de Marigny.

De son côté, la toute puissance de Marigny sur les finances du royaume lui attire de nombreuses inimitiés. Le peuple le déteste et lui reproche l’augmentation des impôts. Les nobles voient d’un très mauvais œil l’accroissement de sa faveur et de sa fortune. Ils le soupçonnent de ponctionner le Trésor; le roi finit même par lui demander de justifier sa fortune.

A la mort de Philippe IV, fin 1314, Marigny est aussitôt accusé d’avoir altéré les monnaies et trahi le roi. Louis X ne peut lui épargner la colère des barons lorsqu’il est accusé de sorcellerie. Il est alors enfermé au Temple et comparait devant une assemblée ecclésiastique qui le condamne à mort. Enguerrand de Marigny est pendu au gibet de Montfaucon, le 30 avril 1315, et son cadavre y est exhibé pendant deux ans. Triste fin pour un homme qui a connu les sommets de la gloire.

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