Poitiers, capitale des comtes de Poitou et ducs d’Aquitaine

Du Xe au XIIIe siècle, Poitiers est une ville importante, la capitale de la plus grande principauté du royaume de France, le duché d’Aquitaine.

Palais des Comtes de Poitiers

Palais des Comtes de Poitiers

Au IXe siècle, les comtes de Poitiers sont des émissaires de l’Empire carolingien, des sortes de « fonctionnaires ». Les raids vikings de 857, 863 et 865, laissent la ville en partie ruinée et mettent à mal le pouvoir impérial, incapable de maintenir la sécurité. Les comtes de Poitou prennent leur indépendance et comblent ce manque en assurant la défense de Poitiers.

Dès 854 et Ramnulf Ier, les comtes de Poitiers appartiennent à une famille originaire d’Auvergne. En 888, c’est Ramnulf II qui prend la tête du comté et tout le Poitou se rallie à lui, ainsi que l’Aquitaine. C’est le début de l’une des plus puissantes dynasties de France et même d’Europe, entre le Xe et le XIIIe siècle.

Un « royaume » dans le royaume

Le premier Guillaume (ou Guilhem en langue d’Oc) est à la tête du comté de Poitou et du duché d’Aquitaine, entre 893 et 918. Neuf autres Guillaume, mais pas seulement, vont continuer la dynastie jusqu’à l’avènement d’Aliénor d’Aquitaine en 1137, et vont diriger ce vaste territoire qui, progressivement, va aller de l’Atlantique aux Cévennes et des Pyrénées à la Loire. Ils possèdent tout le pays de langue d’Oc, une épine dans le pied des Capétiens.

En effet, si le duc d’Aquitaine est le premier vassal du roi de France, le vassal est plus puissant que le suzerain. Sous le règne d’Hugues Capet (987-996), la maison de Poitou brille, avec à sa tête Guillaume le Grand (994-1030). Sa toute puissance est quasi royale. A la fin du XIe siècle, les ducs d’Aquitaine vont même jusqu’à se faire couronner à la cathédrale Saint-Etienne de Limoges comme les rois de France le sont à Saint-Rémi de Reims.

En 1137, Guillaume X n’a pas de descendance mâle. C’est sa fille Aliénor qui doit devenir duchesse d’Aquitaine. Il la marie au futur Louis VII, puis meurt presque aussitôt. Après les péripéties conjugales d’Aliénor, le duché passe dans le domaine royal de France puis à la couronne anglaise. Poitiers conserve encore son rôle de capitale jusqu’à la mort d’Aliénor en 1204, date à laquelle le Poitou rejoint le domaine royale de Philippe Auguste.

La construction d’une capitale

Après les raids vikings du IXe siècle, la ville est pratiquement détruite. L’enceinte a beaucoup souffert des incendies et de nombreux bâtiments sont en ruines. L’heure de la reconstruction a sonné, aussi bien par nécessité que par souci pour les nouveaux seigneurs des lieux d’affirmer leur puissance et leur piété. Ainsi, fortifications et églises fleurissent dans la ville.

De nouvelles enceintes sont d’abord construites autour de la collégiale Saint-Hilaire-le-Grand et de l’église Sainte-Radegonde, donnant ainsi naissance de nouveaux bourgs. Un nouveau quartier voit ensuite le jour autour du monastère de Montierneuf, fondé en 1070 par Guillaume VIII et consacré par le pape Urbain II, en 1096. La ville a alors atteint son apogée.

Eglise Notre-Dame-la-Grande - Poitiers

Eglise Notre-Dame-la-Grande – Poitiers

Les XIe et XIIe siècles sont des périodes fastes en constructions tant civiles que religieuses. Poitiers se couvre d’édifices romans: outres Saint-Jean de Montierneuf, les églises Saint-Hilaire-le-Grand, Sainte-Radegonde, Notre-Dame-la-Grande et Saint-Porchaire sont reconstruites. Ce sont autant de chefs-d’œuvre de l’art roman poitevin. L’activité architecturale est tellement intense qu’au moment de la reconstruction de la cathédrale, vers 1160, Poitiers possède près de vingt églises.

Parallèlement, les comtes de Poitiers-ducs d’Aquitaine cherchent à se doter d’un palais digne de leur rang. Le donjon roman du palais ducal, dit la « Tour Maubergeon », date du tout début du XIIe siècle et Aliénor ordonne la construction de la Grande Salle au début du XIIIe siècle. Tout au long de cette période, Poitiers ne cesse de s’agrandir et une nouvelle enceinte est à nouveau nécessaire, en 1160, alors que de nouveaux faubourgs la rende déjà trop étroite.

Une capitale artistique et culturelle

Poitiers est une ville en effervescence constante. Les chantiers se multiplient. Les tailleurs de pierres et sculpteurs côtoient les pèlerins sur les routes de Saint-Jacques de Compostelle. Les musiciens et poètes se pressent à la cour des ducs.

Guillaume IX, duc d’Aquitaine au tournant des XIe et XIIe siècle, fait de Poitiers une véritable capitale culturelle. C’est un mécène qui attire les artistes dans son entourage. Son rôle dans la renaissance de la littérature méridionale est essentiel. Guillaume est lui même un grand poète s’exprimant en langue d’Oc. Il est d’ailleurs le plus ancien troubadour connu, sans doute pas le premier, ni même le seul, mais il a un rôle fédérateur et il crée autour de lui une véritable cour « littéraire ». Sa petite fille, Aliénor, va suivre son exemple en s’entourant d’artistes et de troubadours, notamment Bernard de Ventadour.

A la mort d’Aliénor, lorsque Poitiers rejoint le domaine royal, la ville perd à la fois son rôle de capitale politique et de capitale culturelle. Elle se tourne alors définitivement vers le nord, abandonnant le monde des troubadours de langue d’Oc pour celui des trouvères de langue d’Oïl.

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