Que signifie être chevalier au Moyen Age ?

Livres et films ont donné une image romanesque et idéalisée de la vie du chevalier médiéval. Pourtant la chevalerie revêt une réalité bien différente.

René d'Anjou Livre des tournois France Provence XVe siècle miniature de Barthélemy d'Eyck BNF

René d’Anjou Livre des tournois France Provence XVe siècle miniature de Barthélemy d’Eyck BNF

« La chevalerie apparaît au XIe siècle comme une catégorie de la société féodale rassemblant les spécialistes du combat cavalier »; cette définition de Georges Duby est à la fois claire et concise, mais elle ne met pas en évidence toute la complexité de la notion de chevalerie.

La genèse d’un groupe social

La chevalerie naît de la rencontre entre les traditions romano-chrétienne et germanique, qui fusionnent progressivement du VIIe au Xe siècle. A l’origine, le recrutement se fait au mérite et est relativement ouvert. Il s’adresse à ceux qui font profession de la guerre, à une élite capable de manier et de posséder l’équipement militaire dont l’élément essentiel est le cheval. Plus l’équipement se perfectionne, plus les techniques de combat sont rendues difficiles et plus le fossé se creuse entre le chevalier et le simple soldat.

Autour de l’an mille, la nécessité de donner un nom à ce groupe se fait sentir: les auteurs emploient le terme latin de miles pour désigner le chevalier. Il n’est encore qu’un serviteur, subordonné à un grand seigneur auquel il doit le service militaire. Avec le développement des petites seigneuries, les chevaliers deviennent des propriétaires terriens, par achat ou par cadeau et tendent, petit à petit, à former un groupe cohérent au sein de la société. Chevalerie et noblesse finissent par se confondre. C’est ainsi que se mettent en place des lignages: la chevalerie se transmet alors de père en fils.

Une vie rude mais privilégiée

Pour devenir chevalier, l’apprentissage est long et difficile. La formation du jeune homme dure de trois à neuf ans, auprès de son père ou du suzerain de la famille. Ainsi, les grands seigneurs ont, dans leur entourage, une véritable école de chevalerie qui constitue à moyen terme une clientèle fidèle. Une fois l’apprentissage achevé, le jeune homme reçoit ses armes, lors de la cérémonie solennelle qui marque son entrée en chevalerie: l’adoubement. Le jeune chevalier a généralement à peine vingt ans.

La profession des armes apporte certains avantages non négligeables. Ainsi, les chevaliers sont exempts de taxes car ils « paient l’impôt du sang ». Ils n’appartiennent donc pas au commun des mortels. Si les privilèges sont importants, il faut savoir que les devoirs sont aussi très nombreux.

L’idéal chevaleresque: un code de conduite

Le code de chevalerie est oral, mais il n’en est pas moins contraignant. Les obligations auxquelles le chevalier doit se conformer sont de l’ordre de la loyauté. Ainsi, un chevalier sans fief doit fidélité à son chef de guerre; s’il possède une terre, il doit, en tant que vassal, respecter les devoirs féodaux; celui qui est suzerain a le devoir d’exercer ses droits sur ses vassaux avec justice et charité.

Le chevalier doit évidemment être un excellent combattant, à la guerre comme au tournoi. Il a aussi l’obligation de vivre dans l’opulence et de faire profiter son entourage de ses largesses. Etant improductif, il se doit de n’accorder aucun intérêt aux richesses et donc de les distribuer sans compter. Enfin, le chevalier doit être courtois envers les dames, selon un code qui se complexifie à la fin du Moyen Age.

A partir du XIIe siècle, l’idéal chevaleresque devient un modèle pour toute la noblesse. Il est notamment véhiculé par les romans de chevalerie qui commencent alors à se multiplier. La perte de la qualité chevaleresque est rare mais existe pourtant, en cas de trahison ou de reniement religieux, car le chevalier doit respecter ce qu’enseigne l’Eglise.

L’Eglise et la chevalerie

Au début du XIe siècle, Adalbéron de Laon décrit la société en la divisant en trois ordres: les travailleurs, les hommes de prière et les guerriers. Ces derniers ont une mission particulière: être des chevaliers du Christ au service de Dieu. De cette conception, découle l’idée de guerre sainte et de croisade.

Dès la Première Croisade, des ordres religieux militaires sont créés pour protéger les croisés: les chevaliers du Temple, de l’Hôpital, les chevaliers teutoniques, œuvrant en Terre Sainte. Ils représentent le modèle de perfection que toute la noblesse veut imiter. Ainsi, la chevalerie se charge de valeurs spirituelles et l’Eglise, de plus en plus puissante, pénètre et transforme l’institution chevaleresque. Le fait le plus marquant est que l’adoubement devient un sacrement, au même titre que le baptême et le mariage.

Les ordres de chevalerie

Au XIVe siècle, les souverains d’Europe veulent s’attacher les meilleurs chevaliers et créent les ordres de chevalerie. Ces confréries regroupent une élite, recrutée pour ses prouesses. L’ordre de chevalerie le plus connu est sans doute l’Ordre de la Jarretière, fondé en 1344, par Edouard III d’Angleterre. Cet ordre existe encore aujourd’hui, de même que d’autres créés bien plus tard, comme la Légion d’Honneur de Napoléon Ier.

A partir du XVe siècle, la chevalerie a beaucoup perdu de ses valeurs, pour des raisons diverses: le développement de la noblesse de robe, l’influence croissante de l’Eglise, le contrôle de l’institution par les princes. Toutefois, le fait que certains ordres de chevalerie existent encore aujourd’hui et représentent une reconnaissance très prisée, montre que la chevalerie a fortement marqué l’histoire de la civilisation occidentale.

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