L’abbé Suger de Saint-Denis et l’art gothique

Suger est, avec Bernard de Clairvaux, une figure emblématique du XIIe siècle. Comme lui, il est resté célèbre en tant qu’inspirateur d’une forme d’art originale.

Suger - Vitrail de Saint-Denis

Suger – Vitrail de Saint-Denis

Suger est très jeune lorsqu’il entre à l’école de l’abbaye de Saint-Denis. Parmi ses camarades, se trouve le futur Louis VI. Son destin va être lié à la fois à l’abbaye et à son illustre ami d’enfance.

Lorsqu’il revient en 1106 à l’abbaye royale, après quelques années passées à étudier à Saint-Benoît-sur-Loire, il occupe une place importante, participant directement à sa gestion. En 1122, à tout juste quarante ans, il est élu abbé de Saint-Denis et va le rester durant 29 ans.

Un homme d’influence et de pouvoir

Les cinq premières années de l’abbatiat de Suger sont consacrées à réformer l’administration de l’abbaye. Il a ainsi réussi à accroître ses prérogatives et ses domaines.

En même temps, l’abbé de Saint-Denis devient un remarquable homme d’État. En effet, ce familier de Louis VI se voit confier par le roi des missions diplomatiques, notamment auprès du pape Calixte II, dans sa lutte face à l’empereur Henri V, lors de la querelle des Investitures. Il élabore aussi une doctrine visant à affirmer l’autorité royale. En effet, Suger est l’inspirateur de la théorie selon laquelle le roi est au sommet de la hiérarchie féodale.

En 1131, il pousse le roi à faire couronner son deuxième fils, le futur Louis VII. Pendant le règne de ce dernier, à partir de 1137, Suger participe de plus en plus au gouvernement du royaume. Il devient même régent pendant la participation du roi à la deuxième croisade (1147-1149). Durant cette période, il sait habilement préserver l’ordre public, malgré les intrigues des nobles et le mécontentement d’une partie du clergé. A son retour, Louis VII le remercie en lui décernant le titre de « Père de la Patrie ».

Un moine érudit au sens artistique exceptionnel

Outre ses qualités d’administrateur, de négociateur, de théoricien et de politique, Suger a un talent certain d’historien puisqu’il écrit une vie de Louis VI, intitulée Histoire de Louis le Gros, qui est une source essentielle pour l’histoire du début du XIIe siècle. Il a aussi commencé l’écriture d’une Histoire de Louis VII qui est malheureusement restée inachevée.

Il est aussi l’auteur de deux traités, De concecratione et De administratione, qui sont parmi les sources les plus importantes de l’histoire de l’art. Suger y détaille les étapes et les objectifs de la restauration de l’abbatiale et, surtout, il y explique ses théories esthétiques, notamment concernant la symbolique de la lumière.

L’inventeur de l’art gothique ?

Ce sont ces grandes qualités d’administrateur qui ont permis à l’abbé de Saint-Denis de réaliser l’œuvre de sa vie : la reconstruction de l’avant-nef et du chœur de l’ancienne basilique carolingienne. Ce projet voit le jour dès 1135 mais Suger doit justifier ses choix esthétiques et mener cette immense entreprise avec prudence, devant les critiques des moines de l’abbaye. Malgré tout, la construction est très rapide et, en une dizaine d’années, ce chantier, qui va être considéré comme la première manifestation de l’art gothique, est presque achevé.

La construction débute par le massif occidental. Il s’inspire des grands modèles normands, notamment de l’abbatiale Saint-Etienne de Caen. Sa consécration a lieu en 1140. Commence alors, sans attendre, l’édification du véritable élément fondateur de l’architecture gothique : le chœur. Bien que son plan soit hérité des églises romanes des chemins du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, l’élévation est totalement innovante, d’un point de vue esthétique et technique.

L’utilisation des arcs en ogives et probablement d’arcs-boutants permet une architecture plus légère où les parois murales peuvent être supprimées et donc les supports allégés. Ainsi, le double déambulatoire s’ouvre vers l’intérieur de l’édifice, par une double colonnade, soutenant la retombée de minces ogives, laissant ainsi largement pénétrer la lumière.

Audace, élégance, sobriété et harmonie : quatre adjectifs pour qualifier l’œuvre voulue par Suger. Lumineuse aussi ! Le chœur de la basilique de Saint-Denis est baigné d’une lumière colorée entrant par les baies des chapelles rayonnantes, à travers des vitraux où Suger n’hésite pas à se faire représenter, tant ils sont l’illustration de sa pensée.

Les débuts d’un courant gothique

La naissance de l’art gothique se situe-t-elle pour autant à Saint-Denis ? Si sa reconstruction débute en 1135, la première pierre du chœur n’est posée qu’en 1140. Parallèlement, la construction de la cathédrale de Sens débute elle aussi en 1135 et dispute à Saint-Denis le titre de premier édifice gothique. Toutefois son style reste proche des églises anglo-normandes et n’est pas aussi audacieux que celui du chœur de Saint-Denis.

De ce fait, on peut dire que la basilique de Suger marque bien le début d’un des plus grands succès de l’histoire de l’art. En effet, les chantiers se multiplient très rapidement et des cathédrales de grande ampleur voient le jour : en 1145, à Noyon, en 1155, à Laon, en 1163, à Paris, et bien d’autres encore et pendant plusieurs siècles, dans l’Europe entière.

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