Que sait-on de Raoul Glaber?

Malgré sa réputation d’historien bavard, Raoul Glaber se livre très peu dans ses écrits et les interprétations sur sa vie sont souvent contradictoires.

Clocher de l'abbaye de Cluny

Clocher de l’abbaye de Cluny

La personnalité de Raoul Glaber a toujours été sujette à controverse au sein de la communauté des historiens. L’ambiguïté du personnage a alimenté la légende et le peu qu’il s’est permis de divulguer sur sa vie est soumis à interprétations. Il faut dire que le personnage ne laisse pas indifférent.

Ce que l’on sait est souvent hypothétique : né vers 985, probablement dans la région d’Auxerre, il entre très jeune, vers 12 ans semble-t-il, dans un monastère, apparemment contre sa volonté. Il semblerait qu’il soit un enfant illégitime, peut-être fils de clerc. Toutefois, les historiens sont sûrs que c’est un moine lettré, ayant reçu une culture classique et possédant des qualités certaines d’écrivain. Concernant son caractère, il apparaît que Raoul Glaber est particulièrement instable et peu docile, s’accommodant mal de la vie sous la règle bénédictine.

Un moine instable mais respecté

Cette réputation d’indiscipline est corroborée par ses propres dire et par ses nombreux changements de résidences. Il séjourne, en effet, dans plusieurs monastères, dont certains très prestigieux comme Saint-Germain d’Auxerre, Saint-Bénigne de Dijon et surtout Cluny.

Partout où il passe, sa culture réussit cependant à faire oublier son indiscipline. C’est un moine érudit et respecté, ce qui pourrait tout aussi bien expliquer son itinérance. A cette époque, la vie monastique errante, en raison de compétences particulières, est assez répandue.

En 1028, c’est grâce à ses qualités littéraires que l’abbé Guillaume d’Auxerre choisit Raoul pour l’accompagner lors d’un voyage en Italie. A Saint-Bénigne de Dijon, il devient un proche de l’abbé Guillaume de Volpiano, illustre réformateur de monastères. Reconnaissant ses qualités, il lui propose d’écrire un ouvrage d’histoire. Après la mort de Guillaume, en 1031, il est aussi chargé d’écrire son hagiographie, la Vita Willilelmi.

C’est aussi à cette époque que Raoul entame l’écriture des cinq livres d’Histoires qui l’ont fait passer à la postérité. Mais il semble que ce soit à Cluny que Raoul Glaber a rédigé l’essentiel de son œuvre, qui s’achève avec sa mort, vers 1047. Elle est d’ailleurs dédiée à l’abbé Odilon de Cluny.

Raoul Glaber s’est donné pour but de relater les faits importants qui se sont produits en Occident depuis l’an 980. Lorsqu’il meurt, il est parvenu à l’année 1040. Comme beaucoup de chroniqueurs de son époque, Raoul Glaber prétend faire une histoire universelle mais il se contente souvent de celle de la Bourgogne et décrit les faits dont il a été témoin.

Un historien mal compris

En tant qu’historien, Raoul Glaber n’a pas bonne réputation. Il est très souvent qualifié de bavard, de crédule, de maladroit et de brouillon. Il faut dire que l’exactitude historique n’est pas la principale qualité de son œuvre et certains historiens le lui ont reproché.

Pourtant, Georges Duby a su le réhabiliter en expliquant que : « Il convient de ne pas juger son œuvre en fonction de nos habitudes mentales et de notre propre logique. Si l’on veut bien se couler dans la démarche de son esprit, il apparaît aussitôt comme le meilleur témoin de son temps, et de très loin ». En effet, les Histoires de Raoul Glaber sont une mine de renseignements pour l’historien du Moyen Age, qui y puise de nombreux témoignages, principalement sur la période de l’An Mil.

Raoul Glaber utilise de manière fort intéressante les témoignages de ses contemporains. Son ouvrage est ainsi une source importante pour l’histoire des mentalités de cette période, le lecteur y trouve la vision que porte l’auteur sur les événements et les hommes et les sentiments de l’auteur, souvent difficiles à dissocier des faits réels. Raoul Glaber prend par exemple le diable comme interlocuteur dans son récit, par ce moyen il donne l’impression d’attendre que les signes de la puissance de Dieu se manifestent et punissent les méchants. En quelque sorte, il attend la fin du monde. En ce sens, les prodiges, réels ou inventés, de l’An Mil prennent une place importante dans l’ouvrage.

Raoul Glaber reste pourtant toujours optimiste. C’est un auteur d’une grande curiosité et son récit est à la fois plein de vie et très pittoresque. Ce côté fort agréable des Histoires de Raoul Glaber sont sans doute à l’origine du fait que de nombreuses citations sont restées célèbres : « On croyait que l’ordre des saisons et les lois des éléments qui jusqu’alors avaient gouverné le monde étaient retombés dans un éternel chaos, et l’on craignait la fin du genre humain » ou encore « On eu dit que le monde se secouait pour dépouiller sa vétusté et revêtait de toutes parts un blanc manteau d’églises ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s