Tolède au Moyen Age : au cœur de l’histoire espagnole

A Tolède, la marche du temps semble s’être figée à l’époque médiévale et la cité castillane se présente aujourd’hui comme une ville-musée.

Vue sur Tolède depuis le Tage

Vue sur Tolède depuis le Tage

Une des grandes richesses de la ville de Tolède tient à son site exceptionnel. Située sur un rocher dans un méandre du Tage, cette cité castillane connaît un destin sans pareil, au cœur même de l’histoire de l’Espagne. L’harmonie entre le site et la ville qui l’occupe fait de Tolède un lieu hors du commun et hors du temps où l’histoire est présente à chaque coin de rue : la ville entière est un monument.

Le Royaume de Tolède et l’occupation musulmane

Après la bataille de Vouillé, en 507, les Wisigoths d’Alaric II, battus pas les Francs de Clovis, se réfugient en Espagne et font de Tolède leur capitale. Par la suite, le royaume de Tolède sert de base aux rois Léovigild (568-586) et Reccarède (586-601) pour unir l’ensemble de l’Espagne sous leur autorité. A la tête d’un grand ensemble territorial, Tolède devient vite un foyer culturel et un centre religieux dont l’influence rayonne sur toute l’Espagne. Cependant, la ville n’a conservé que de rares vestiges de cette époque.

En revanche, Tolède conserve des traces importantes de la période de l’occupation musulmane de 711 à 1085. Si la dynastie Omeyyade choisit Cordoue comme capitale, Tolède reste une ville importante. Le principal témoin de l’art califal dans cette ville est l’ancienne mosquée de Bab-al-Mardoum, devenue au XIIe siècle l’église San Cristo de la Luz. Cette mosquée de brique, construite en 999-1000, de plan carré, a un décor essentiellement architectural, fait d’arcs polylobés et des nervures des coupoles. Ce petit édifice n’est pas sans rappeler l’art de la mosquée de Cordoue.

Au début du XIe siècle, Cordoue est mise à sac et l’Espagne musulmane se divise en plusieurs provinces, los reyes de Taifas. La dynastie de Tolède ne se maintient pas longtemps. En 1085, Alphonse VI de Castille s’empare de Tolède; c’est une victoire majeure de la Reconquista.

Tolède la magnifique (XIe-XIVe siècles)

A partir de cette date, Tolède entre dans une période faste. Alphonse VI prend le pouvoir avec le titre d’emperador de las dos religiones, souhaitant rassembler musulmans et chrétiens sous son autorité. Tolède se présente alors comme la synthèse de trois mondes: chrétien, musulman, juif. Trois religions mais aussi trois langues coexistent dans une seule et même ville, avec d’heureuses répercussions culturelles. En effet, la ville abrite une communauté intellectuelle des plus impressionnantes, héritée de l’ère musulmane.

Les grandes bibliothèques arabes, demeurées intactes, livrent de précieux ouvrages grecs, notamment d’Aristote, conservés en traduction arabe, et les textes de savants juifs et musulmans, comme Averroès. Des traducteurs chrétiens les transcrivent en latin et font ainsi découvrir à l’Occident les cultures grecque et arabe. Cette activité culmine sous Alphonse X le Sage (1252-1284) qui s’entoure de savants, d’écrivains et de poètes des trois origines.

Dans ce contexte, c’est tout naturellement que deux styles artistiques coexistent à Tolède: le gothique et le mudéjar, l’art musulman en terre chrétienne. L’art gothique est représenté par la cathédrale, œuvre de l’archevêque Rodrigo Jimenez de Rada. Les travaux débutent en 1226 et se prolongent jusqu’à la fin du XVe siècle. Ainsi, elle témoigne de l’évolution de l’architecture gothique espagnole. Le style mudéjar, employant les techniques de constructions musulmanes, se retrouve dans l’architecture populaire des églises paroissiales et des couvents. Un art mudéjar aristocratique, rappelant le grand art andalou, est employé dans deux anciennes synagogues, aujourd’hui devenues des églises : Santa Maria la Blanca, (XIIIe siècle) et le Transito (1367).

Au temps des Rois catholiques (XVe-XVIe siècles)

En 1469, le mariage d’Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon favorise l’union des deux royaumes. Cet événement inaugure l’Age d’or de l’Espagne qui bientôt se lance à la conquête du Nouveau Monde. Dans ce royaume prospère, la ville de Tolède entend jouer pleinement son rôle de capitale religieuse qui, depuis le Ve siècle, lui revient de droit, en raison des nombreux conciles qui s’y sont déroulés; mais surtout elle retrouve sa place de capitale politique, depuis longtemps perdue mais toujours revendiquée.

La ville profite alors largement du mécénat des dignitaires ecclésiastiques, ainsi que du mécénat royal, jusqu’à l’avènement de Philippe II (1556) qui choisit Madrid pour capitale. Les monuments ainsi construits sont très nombreux: chapelles, hôpitaux, églises. Cette fois encore, deux styles coexistent, le gothique tardif, principalement dans des ajouts à la cathédrale, et le style plateresque, art renaissant influencé par le mudéjar. Un des plus beaux exemples de ce style est l’hôpital de Santa Cruz, dont l’architecte est Enrique de Egas et qui, de nos jours, abrite un musée. Le palais-forteresse de l’alcázar, construit par Charles-Quint, appartient aussi à ce style.

Au XVIIe siècle, Tolède a perdu son rôle politique au profit de Madrid. Pourtant, elle reste une ville qui attire les artistes, notamment Le Greco, qui s’y installe en 1577. Mais la marche du temps s’est irrémédiablement figée à cette époque et Tolède se présente aujourd’hui comme une ville-musée. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1986, la ville historique de Tolède est un témoin privilégié de l’histoire de l’Espagne et une prodigieuse œuvre d’art.

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