L’Ordre des Assassins et son rôle dans les Croisades

Les Assassins appartiennent à une secte musulmane chiite qui naît en 1090, soit cinq ans avant l’appel à la croisade du pape Urbain II.

La forteresse d'Alamut - Miniature perse

La forteresse d’Alamut – Miniature perse

Parler de l’Ordre des Assassins n’est pas chose aisée tellement leur histoire est empreinte de secrets et de clandestinité. Pendant près de deux siècles, cette communauté s’impose comme mission de lutter contre l’envahisseur turc, usant de méthodes terroristes, notamment des attentats-suicides.

Hassan ibn Sabbah, Nizar ben al-Mustansir et Alamut

Le fondateur de l’Ordre des Assassins, Hassan ibn Sabbah est né en Perse, à Qum, à une date incertaine au milieu du XIe siècle, dans une famille de commerçants aisés. C’est un brillant étudiant coranique, un homme cultivé, qui supporte mal l’occupation de son pays par les Turcs seldjoukides. En effet, dès leur installation en Perse, entre 1038 et 1050, les envahisseurs imposent l’Islam sunnite aux Perses chiites.

Hassan quitte son pays en 1077, afin de rejoindre l’Egypte fatimide, le dernier royaume chiite encore en place. Là, il devient un proche de Nizar ben al-Mustansir, le fils aîné du Calife. Ensemble, ils réfléchissent à des actions à mener en Perse, afin d’en chasser les Seldjoukides. Ils montent même un plan d’invasion. Hassan part devant pour préparer le terrain. Nizar doit le rejoindre, à la mort du Calife, avec une armée égyptienne de reconquête. Mais rien ne se passe comme prévu: Nizar est fait prisonnier et ne rejoint jamais Hassan.

Entre temps, Hassan s’installe dans le massif de l’Elbrouz et s’empare par la ruse de la forteresse d’Alamut, réputée inexpugnable. Il en fait le centre névralgique de l’ordre qu’il fonde en 1090. La légende du « Vieux de la Montagne » est née! Sa présence à la tête des Assassins va durer trente-cinq ans d’un règne sans partage.

La terreur et le fanatisme comme armes de guerre

Hassan met le plan à exécution aussitôt installé à Alamut. Il recrute autour de lui des disciples: les Nizarites. Alamut devient le camp de base de cette secte ismaélienne et Hassan ibn Sabbah les forme de telle sorte qu’ils deviennent des combattants fanatiques.

Sur les méthodes employées pour arriver à ces fins, les avis divergent. L’ignorance et le manque de sources à ce sujet laissent la porte ouverte à tous les fantasmes. Il est dit qu’Hassan droguait ses recrues avec du haschich, ce qui expliquerait leur nom (Haschischin), et promettait aux martyrs le paradis. On raconte même que la forteresse d’Alamut possédait un jardin luxuriant abritant de jeunes vierges, un avant-goût de Paradis… Rien de tout cela n’est sûr car rares sont les témoins ayant visité Alamut.

En revanche, ce qui est avéré, c’est la réalité des actions meurtrières menées par les Assassins. Amin Maalouf passe en revue certaines exécutions de chefs turcs, lors de commandos suicides. Le premier, en 1092, est très lourd de conséquences. L’assassinat de Nizam el-Moulk élimine, en effet, le seul garant de l’unité seldjoukide.

Les méthodes employées sont faites pour marquer les esprits: les assassinats ont lieu devant un public nombreux, souvent dans une mosquée, le vendredi. Maalouf met aussi l’accent sur le rôle prépondérant de l’infiltration: Hassan choisit notamment d’envoyer un prédicateur auprès du roi seldjoukide de Syrie, afin de saper le pouvoir en place et de s’implanter durablement.

Les Croisés: des alliés providentiels

L’arrivée des premiers Croisés en Asie Mineure a lieu peu de temps après les premières attaques des Assassins. Ces derniers sont déjà très puissants, mais ils sont craints et détestés par les autres Musulmans. L’invasion des troupes chrétiennes est plutôt une bonne nouvelle pour les Assassins. Ils voient en eux une aide imprévue et opportune. Assassins et croisés ont, en définitive, le même ennemi: les Seldjoukides. Toutefois, bien qu’Hassan et ses adeptes soient assez conciliants avec les troupes croisées, il ne semble pas que des tractations aient eu lieu du vivant d’Hassan.

Après sa mort, en 1124, les Assassins sont plus actifs que jamais. Ils éliminent tour à tour le cadi de Bagdad, l’émir d’Alep puis son fils. A Damas, le pouvoir est entre leurs mains. Il semblerait même qu’ils sont à deux doigts de livrer la ville à Baudoin II quand ils sont finalement chassés de la ville, en 1129. L’association entre Croisés et Assassins est désormais évidente aux yeux de tous les Musulmans.

Templiers et Assassins

C’est vers cette époque que les premiers Templiers, ces moines-soldats chargés de protéger les pèlerins et les soldats chrétiens, combattent en Terre-Sainte. Assassins et Templiers ont beaucoup de similitudes, tant dans leur histoire que dans leur organisation et certaines de leurs méthodes. Les deux ordres sont composés de soldats très entraînés, mus par un fort mysticisme religieux. Leur rencontre donne lieu à une collaboration de circonstance, à la fois diplomatique et militaire, principalement en Syrie.

L’une comme l’autre, les deux organisations placent le secret comme un de leurs principes. En conséquence, le détail des tractations entre Templiers et Assassins ne nous est pas parvenu. Toutefois, Jean de Joinville raconte une rencontre entre saint Louis et le chef d’Alamut, à Acre. Des rencontres entre Assassins et Croisés ont lieu régulièrement dans ce port de la côte syrienne, ceux-ci ayant besoin d’aide contre les Mongols, ceux-là même qui finissent par prendre Alamut en 1256.

De la légende au nom commun

La part de vérité dans la légende des Assassins est difficile a déterminer. Une grande part de ce que les Occidentaux connaissent d’eux est né dans le récit qu’en a fait Marco Polo, dans son Livre des Merveilles. La forteresse ayant été démantelée en 1256, il est impossible que le voyageur vénitien ait pu y mettre les pieds et encore moins rencontrer des Assassins. Ce sont des habitants de la région lui ont raconté l’histoire des Assassins avec tout ce que cela comporte en invention et en enjolivement.

Malgré tout, leur existence est connue des Occidentaux depuis le début des croisades et leur surnom devient progressivement un nom commun, en italien puis dans de nombreuses langues européennes.

Sources:

Amin MAALOUF, Les croisades vues par les Arabes, Paris, 1983

Christine MILLIMONO, La secte des Assassins XIe – XIIIe siècle, Des « martyrs » islamiques à l’époque des croisades, Paris, 2009

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