Marco Polo et sa légende : quelle est la part de vérité ?

Tout le monde connaît Marco Polo ou croit le connaître; le plus célèbre des marchands vénitiens du XIIIe siècle est devenu une légende.

Marco Polo à la cour de Kubilai Khan

Marco Polo à la cour de Kubilai Khan

Marco Polo figure parmi les grands explorateurs pourtant, ce fils de marchand vénitien n’est pas forcément le plus grand voyageur de son temps. Pian Carpino et Guillaume Rubrouck sont d’aussi grands explorateurs que lui. Ce que Marco Polo rapporte de son voyage, et qui participe à sa légende, c’est un récit qui frappe les esprits. Le Livre des Merveilles est peuplé d’animaux et de personnages fantasmagoriques qui hantent les esprits d’autres voyageurs, comme Christophe Colomb.

Le Livre des Merveilles: un récit qui laisse la place au doute

Marco Polo n’a pas écrit de sa main Le Livre des Merveilles mais l’ouvrage, rédigé entre 1298 et 1301 par Rusticien de Pise, son compagnon de captivité, est le reflet du récit de son voyage en Asie. Marco Polo ne cherche pas à faire une géographie des contrées qu’il a traversées mais plutôt d’en décrire les paysages, la faune et les mœurs des habitants.

De même que Guillaume de Rubrouck enjolive son récit de voyage, devant les habitants du quartier latin à Paris, Marco Polo offre une part importante de fantastique dans son récit. L’un et l’autre s’inscrivent dans la tradition des mythes comme le Paradis terrestre, les peuples féroces de Gog et Magog ou encore le royaume du prêtre Jean, que les Occidentaux situent en Asie.

De plus, contrairement à ses prédécesseurs franciscains, Polo raconte son histoire pour le plaisir, peut-être même pour passer le temps; il ne s’agit pas d’un rapport de mission. Il est libre de décrire des animaux fantastiques qu’il a sans doute croisés mais dont il enjolive la peinture. Toutefois, en comparant son récit avec d’autres sources, il est possible de lire entre les lignes et d’avoir une vision réaliste et même très lucide du long séjour des Polo (Niccolo, Maffeo et Marco) en pays mongol.

Fils de marchands vénitiens

Au XIIIe siècle, l’Asie est occupée par les Mongols. Il n’y a plus de frontières et la sécurité des routes et des ports est assurée; cela permet le développement des échanges. Les marchands d’Europe commencent à affluer et à installer des comptoirs en Orient. Les frères Polo, Niccolo et Maffeo – le père et l’oncle de Marco –, sont du nombre. Ils sont les cadets de la famille et quittent Venise pour fonder un comptoir à Constantinople, en 1252.

Quand ils décident de partir plus à l’est en 1260, sur la route de la soie, Marco a seulement 6 ans. Ils vont pousser leur voyage jusqu’à Khambaluk et ne reviennent à Venise qu’en 1269. L’accueil que Kubilaï Khan leur réserve est excellent; l’empereur mongol est très curieux de l’Occident. Il renvoie les deux vénitiens chez eux en 1266, avec une lettre pour le pape et avec mission de lui ramener des savants. Ils repartent pour l’Asie, en 1271, chargés d’une lettre du pape pour le Grand Khan et accompagnés par le jeune Marco, seulement âgé de 15 ans.

Dix-sept années à la cour du Grand Khan

Après un voyage semé d’embuches, Niccolo, Maffeo et Marco Polo, arrivent à Kambaluk, en 1275. Ils ne se doutent probablement pas que leur séjour va se prolonger pendant dix-sept années. En effet, à leur arrivée, Kubilaï décide de les attacher à son service. Il a l’habitude de recruter les fonctionnaires de son empire parmi les étrangers.

Marco Polo ne parle ni n’écrit le chinois, mais en revanche il connait le persan et le mongol. Dans son récit, il ne nous apprend rien de ses fonctions exactes au sein de l’administration mongole mais il voyage beaucoup pour le compte de l’empire Yuan. Il a donc l’occasion de découvrir l’Asie et ses merveilles.

Le retour en Europe des trois marchands vénitiens n’est autorisé qu’en 1291. Les Polo sont choisis pour accompagner une princesse mongole qui doit se marier en Perse. De là, ils regagnent Venise qu’ils atteignent en 1295.

Le Livre des Merveilles de Marco Polo n’est rédigé que trois années plus tard mais ses souvenirs sont encore très précis. Son récit donne des détails sur la vie à la cour de Kubilaï, sur les villes rencontrées tout au long de ses voyages, sur l’histoire des descendants de Gengis Khan et bien d’autres renseignements précieux sur l’Asie.

Sources :

  • Jean Favier, Les Grandes Découvertes, d’Alexandre à Magellan, Fayard, Paris, 1991
  • Michel Mollat du Jourdin, Les explorateurs du XIIIe au XVIe siècle, Premiers regards sur des mondes nouveaux, Editions du CTHS, Paris, 2005
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