Les grands voyageurs franciscains du XIIIe siècle

La découverte du monde par l’Occident s’est faite peu à peu. Contre toute attente, les premiers pas vers l’Asie sont l’oeuvre de moines et non de marchands.

Alors que la Chrétienté perd pied en Terre Sainte, papes et rois du XIIIe siècle s’orientent vers d’autres territoires. Au delà de la « barrière » ottomane, les vastes territoires de l’Asie sont occupés par l’Empire mongol de Gengis Khan et ses descendants: Ögödeï (1229-1241), Güyük (1246-1248), Möngke (1251-1259) et Kubilaï (1260-1294)

Les intérêts sont stratégiques et religieux. D’abord, une alliance de revers contre les Turcs est envisagée, ensuite un projet d’évangélisation est prévu. Seulement, l’Asie et ses habitants sont encore inconnus. Il faut donc aller voir ce qui s’y passe et c’est la mission qui est dévolue à l’ordre franciscain.

Giovanni da Pian Carpino envoyé en éclaireur

Le premier missionnaire envoyé en Orient est un Italien: Giovanni da Pian Carpino. Entré dans l’ordre franciscain du vivant de Saint-François d’Assise, il y occupe des responsabilités, notamment dans les régions germaniques. C’est un homme d’expérience et de grande culture, issu de la petite noblesse des environs de Pérouse. Il possède de grandes qualités de diplomate.

C’est le pape Innocent IV, alors en exil à Lyon, qui initie cette mission d’observation, en 1245. Pian Carpino quitte les rives du Rhône, le 16 avril, et emprunte la voie terrestre, la seule à être connue à l’époque, c’est-à-dire la Route de la Soie. Etienne de Bohême, un autre frère mineur, l’accompagne dans son exploration. Le voyage de Lyon à Karakoroum, la capitale de l’Empire mongol, dure cinq mois et demi.

Peu de temps après leur arrivée, les deux Franciscains assistent à l’élection du nouveau Khan, Güyük, et lui remettent le message d’Innocent IV. Intrigué, Güyük envisage d’envoyer une délégation en Occident, guidée par Pian Carpino. Mais celui-ci refuse, sentant le péril que pourrait être l’Empire mongol pour la Chrétienté.

Dès son retour à Lyon, en novembre 1247, Pian Carpino rédige son Histoire des Mongols. Il s’agit du récit de son séjour en Orient, qu’il relate avec beaucoup de lucidité et de précision. Pian Carpino établit un rapport destiné au pape, afin qu’il puisse juger de la situation en Orient. L’ouvrage que rédige, 8 ans plus tard, un autre Franciscain, Guillaume de Rubrouck, est dans la même lignée. Son Itinéraire est un compte-rendu destiné à un roi, il y donne un avis de diplomate sur l’Empire mongol.

Guillaume de Rubrouck, à la découverte d’hommes et de paysages

Bien que flamand, Guillaume de Rubrouck possède beaucoup de points communs avec son prédécesseur sur les routes de l’Asie. Comme Pian Carpino, c’est un homme cultivé, expérimenté et fin diplomate. C’est un proche du roi de France, Louis IX, qu’il suit en Orient lors de la septième croisade, en 1248.

University of Washington - Domaine public

Route de Guillaume de Rubrouck (1253-1255)

En 1253, le roi l’envoie explorer plus à l’est afin de mieux connaître l’Empire mongol. Guillaume de Rubrouck quitte le port d’Acre pour rejoindre Constantinople d’où il part vers Karakoroum, le 7 mai. Son trajet à travers l’Asie, lui aussi suivant la Route de la Soie, dure sept mois et demi. Il séjourne six mois à la cour du Khan, Möngke, et est de retour à Saint-Jean d’Acre le 10 juin 1255.

Il envoie alors son rapport au roi Louis, relatant l’échec de sa mission, tant diplomatique que missionnaire, mais il y détaille les moeurs et coutumes des peuples de l’Asie, les paysages et leurs situations géographiques. Il fait également un état des lieux très précis des religions pratiquées en Orient.

L’Asie n’est plus une terra incognita et déjà les marchands s’y rendent régulièrement, notamment les frères Polo, le père et l’oncle du fameux Marco dont les récits fantastiques vont alimenter pendant des siècles l’imaginaire des Occidentaux.

Giovanni da Monte Corvino: un destin extraordinaire

Alors que Marco Polo revient de Chine, en 1291, le premier pape issu de l’ordre franciscain, Nicolas IV, missionne un frère mineur pour évangéliser l’Asie: Giovanni da Monte Corvino. Si les deux hommes ne se rencontrent pas, leurs itinéraires se croisent forcément. Ils empruntent tous les deux la route des marchands, par voie maritime, en cabotage le long des côtes de l’Inde.

Contrairement à ses prédécesseurs, Giovanni da Monte Corvino ne part pas en découvreur mais bien en tant qu’évangélisateur. Pendant de nombreuses années, sa mission semble être un échec, car il ne revient jamais de son voyage et les seules traces écrites qui sont parvenues au pape sont les messages que Monte Corvino a confié à des voyageurs retournant en Occident. Il passe pour mort.

Pourtant, en 1307, on apprend qu’il est bien vivant et qu’il a fondé l’Eglise catholique de Chine, à Khambaluk (Pékin), la ville qui est devenue la capitale de l’Empire mongol depuis 1267. En définitive, Monte Corvino a parfaitement accompli sa mission qui était de nouer des liens avec Kubilaï Khan et de profiter de la tolérance religieuse des Mongols pour implanter le christianisme en Orient. En apprenant la nouvelle, le pape Clément V envoie d’autres missionnaires franciscains en Chine et nomme Monte Corvino archevêque.

L’espoir de l’Occident en l’Empire mongol est alors à son comble. Mais l’avènement d’une dynastie chinoise, en 1368, va réduire à néant toute ambition chrétienne en Orient. Ce n’est qu’au XVIe siècle que l’Eglise y reprend des initiatives d’évangélisation par l’envoi de missions jésuites.

Source : Jean Favier, Les Grandes Découvertes, d’Alexandre à Magellan, Fayard, Paris, 1991.

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