Les portulans, des cartes à l’usage des marins du Moyen Age

Dès le XIIIe siècle, les marins éprouvent la nécessité d’établir des représentations figurées des ports situés sur les côtes d’Europe, d’Asie et d’Afrique

Bayerische Staatsbibliothek Munich, Domaine public

Portulan de Pedro Reinel (1504)

Le Moyen Age n’est pas une période de l’Histoire qui brille par la qualité des connaissances géographiques de ses contemporains. Pendant dix siècles, le terme même de « géographie » est complètement oublié et c’est la redécouverte de l’oeuvre de Ptolémée, au XVe siècle, qui remet cette science au goût du jour.

Toutefois, le besoin de représenter l’espace n’a pas disparu. La cartographie médiévale est d’abord symbolique : les mappemondes scolastiques sont une image de la Création. Mais, au

fur et à mesure du développement de la circulation des hommes et des marchandises, sur terre comme sur mer, de vrais outils à l’usage des voyageurs voient le jour, devenant peu à peu de plus en plus précis.

La navigation maritime : le cabotage de port en port

Les marchands du Moyen Age, qu’ils voyagent sur terre ou par voie maritime, suivent généralement des itinéraires qui sont connus et se transmettent de génération en génération. Sur terre, les routes empruntées sont balisées et les marchands connaissent parfaitement leur itinéraire. Sur mer, c’est la même chose. Le marin ne s’éloigne pas des côtes. Il avance de port en port selon une route immuable. Comme le dit si bien l’historien Jean Favier, « la géographie du marchand est faite d’enchainements d’étapes et d’escales. Non d’un espace ».

Les pèlerinages et les croisades, qui connaissent un essor à partir du XIIe siècle et lancent sur les routes des milliers de Chrétiens, obligent certains voyageurs à rédiger des guides, comme celui d’Aimeri Picaud, à l’usage des pèlerins de Compostelle. D’autres ouvrages, les itinéraires, sont des sortes de listes de lieux d’étape ou de ports. Les routiers maritimes, qui appartiennent à cette catégorie d’ouvrages, sont plus destinés aux voyageurs qu’aux pilotes. Ils sont encore très imprécis car ils ne servent pas à la navigation.

Des itinéraires aux premières représentations figurées

A partir du XIIIe siècle, le commerce connait une grande expansion et les routes maritimes sont de plus en plus privilégiées par les marchands. Elles sont beaucoup plus rapides que les voies terrestres et le gain de temps compense les dangers de la navigation. Les routes marchandes peuvent se lancer vers des destinations inconnues. En raison de ces avancées, Marco Polo qui emprunte un itinéraire terrestre pour aller en Chine, en 1271, choisit la voie maritime pour son retour, entre 1291 et 1295.

British Library - Domaine public

Mappemonde de Pietro Vesconte (1313)

Les besoins d’une cartographie commencent donc à se faire sentir mais l’initiative d’une représentation figurée de l’espace navigable naît de la Croisade. En effet, les premières cartes pratiques représentent la Méditerranée et sont réalisées à l’usage des croisés. C’est le cas de la Mappemonde de Pietro Vesconte, conservée à la British Library de Londres. Ce cartographe génois réalise ici le premier atlas maritime connu (1313).

La naissance de cette première cartographie utilitaire est l’œuvre des Italiens, essentiellement des Génois et Vénitiens qui sont les grands marins de la fin du Moyen Age. Ce sont eux qui produisent aussi les portulans.

Les portulans, un rôle important dans les grandes découvertes

Par définition, un portulan est une carte des ports qui donne un dessin précis des côtes. Il doit être maniable afin d’être transporté facilement et utilisé à bord d’un navire. Il s’agit d’une véritable carte de navigation où la mer est l’élément central, avec le tracé des côtes et le nom des ports. Mais ces seules indications ne suffisent pas à piloter un navire.

La grande nouveauté du portulan est la présence des tracés angulaires sur le fond de carte (marteloire) et d’une rose des vents. Si les dimensions ne sont pas exactement respectées, en revanche, les angles et orientations doivent être précis, pour que les navires puissent garder le cap, grâce à la grande nouveauté du XIIIe siècle en Europe : la boussole.

BNF - Domaine public

Carte Pisane (1290)

Le premier portulan attesté sur un navire génois date de 1270 et le plus ancien encore conservé, la Carte Pisane, qui est en fait génoise, date de 1290. Très rapidement, les cartes deviennent plus précises et les mers mieux connues. Si les premiers portulans concernent surtout la Méditerranée et la Mer Noire, peu à peu la côte atlantique, en Europe comme en Afrique, est mieux connue.

Le portulan laissé à Lisbonne par Magellan, lors de son départ pour le premier tour du monde de l’Histoire (1519), est un héritier des cartes génoises. Réalisé par le grand cartographe portugais, Pedro Reinel, il décrit avec une très grande précision les côtes européennes et africaines. Les portulans ont donc pris une part essentielle dans les Grandes Découvertes des XVe et XVIe siècles, puisqu’ils accompagnent tous les grands navigateurs de cette époque.

Sources :

  • Jean Favier, Les Grandes Découvertes, d’Alexandre à Magellan, Fayard, Paris, 1991.
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