Isabelle et Ferdinand d’Espagne et les Grandes Découvertes

Quand Isabelle et Ferdinand achèvent la Reconquista, ils décident d’ouvrir l’Europe vers le Nouveau Monde et soutiennent le projet fou de Christophe Colomb

Ceux qu’on appelle « les Rois Catholiques », Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, réunissent par leur mariage, en 1469, les deux plus grands royaumes d’Espagne. L’un et l’autre deviennent souverains de leur territoire mais leur entente politique les mets en position de force. Ils vont ainsi œuvrer ensemble à l’expansion de leurs possessions: vers le sud, en terminant la Reconquista et en prenant le royaume de Grenade, vers le nord, en récupérant le Roussillon cédé par Charles VIII, enfin vers l’ouest, vers l’inconnu, à la recherche des richesses des Indes.

Une lutte acharnée entre Portugal et Espagne

Pendant de nombreux siècles, soies et épices arrivent dans les ports de la Méditerranée orientale où les Vénitiens, depuis le IXe siècle, et les Gênois, depuis le XIe siècle, viennent les chercher pour les revendre ensuite à des prix très élevés, dans toute l’Europe. Progressivement, ces deux républiques maritimes établissent des liaisons commerciales directes entre Occident et Orient en ouvrant de nouvelles routes terrestres et maritimes.

Au cours du XVe siècle, Portugais et Espagnols souhaitent casser le monopole du commerce avec l’Orient, détenu par les républiques italiennes, et partent explorer de nouveaux itinéraires vers les Indes. Les Portugais d’abord, puis les Espagnols, entreprennent de grandes expéditions dans l’espoir d’atteindre par mer les pays d’Extrême-Orient. Henri le Navigateur, fils du roi Henri Ier du Portugal, lance des expéditions sur la côté occidentale de l’Afrique dès 1420, afin de contourner le continent. Ses efforts dans cette direction aboutissent trente-sept ans après sa mort, en 1497, avec le voyage de Vasco de Gama jusqu’en Inde, en doublant le cap de Bonne Espérance.

Les royaumes espagnols semblent prendre du retard par rapport à leur voisin mais ils ont encore d’importants problèmes à régler afin de pouvoir se lancer dans la compétition, notamment reconquérir le royaume de Grenade, avant que leur chemin ne les conduise vers le large.

Des conditions politiques, scientifiques et techniques réunies

Face à l’unité nouvelle des royaumes espagnols, l’enclave musulmane de Grenade ne résiste pas aux derniers assauts de la Reconquista, menée par Isabelle et Ferdinand à partir de 1481. Le couple de souverains finit par chasser les Musulmans hors de la Péninsule ibérique, en 1492. Ils sont maintenant seuls maîtres sur leur territoire.

Politiquement, l’Espagne est maintenant prête à se lancer dans des expéditions au long cours vers l’Asie. Scientifiquement, elle profite des progrès faits pas ses concurrents directs, vénitiens, gênois et portugais. Les outils de navigation (boussole, compas de marine, …) et la cartographie ont fait d’incroyables progrès depuis deux siècles.

Le Portugal puis l’Espagne profitent aussi des progrès de la construction navale, notamment en utilisant les caravelles, qu’eux mêmes améliorent au fil des navigations. Ce ne sont pas de nouveaux bateaux puisqu’ils sillonnent la Méditerranée depuis le XIII siècle mais leur stabilité et leur fort tonnage en font les navires privilégiés pour les longues explorations et la navigation au large.

Le pari du voyage de Christophe Colomb

L’ironie veut que ce soit un Gênois qui permette à l’Espagne de partir à la découverte du monde: Christophe Colomb. Quand cet ancien tisserand devenu marchand arrive en Péninsule ibérique, en 1477, il va naturellement à Lisbonne où il retrouve son frère Bartolomeo, cartographe. Sur place, il continue ses affaires et navigue sur les côtes africaines.

Entre ses voyages, il fait mûrir une idée: partant du postulat que la Terre est une sphère – ce qui n’est pas encore prouvé – il ne peut qu’y avoir des terres au delà de l’océan mais il les croit plus proches et n’imagine pas qu’un continent va barrer sa route vers les Indes. Naturellement, il propose son projet au nouveau roi du Portugal, Jean II. Mais il n’arrive pas à le convaincre de financer son expédition. Il se tourne alors vers l’Espagne, avant d’envisager de se rendre en France et en Angleterre.222408_fr_christophe

En 1486, il est reçu par Isabelle et Ferdinand mais il ne rencontre qu’un intérêt médiocre de la part des souverains espagnols. Il multiplie alors les relations dans l’entourage royal afin de ne pas se faire oublier. Bien que les savants ne cautionnent pas ses idées, Christophe Colomb persiste et entend donner une orientation évangélisatrice à son expédition. En 1489, les rois, occupés à la prise de Grenade, choisissent contre toute attente de le soutenir: ils ont un important retard à combler avec le Portugal.

L’argent n’arrive pourtant qu’en 1492, après la prise de Grenade. Les choses se précipitent alors: en avril, le contrat est signé, l’embarquement se fait le 3 août et, le 12 octobre, Christophe Colomb croit avoir atteint Cipangu (le Japon) et réussi son expédition.

Le pari auquel Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon souscrivent, à défaut d’y adhérer totalement, s’avère gagnant et permet à l’Espagne de combler son retard sur le Portugal. En effet, Christophe Colomb atteint les « Indes occidentales » trois ans avant la grande réussite de Vasco de Gama. En réalité, il est allé au delà de ses espérances et les souverains, qui ont cru en lui, font du même coup de l’Espagne le pays le plus riche et le plus puissant du monde.

Sources:

  • Jean Favier: Les grandes découvertes d’Alexandre à Magellan, Fayard, Paris, 1991.
  • Michel Mollat du Jourdin: Les explorateurs du XIIIe au XVIe siècle – Premiers regards sur des mondes nouveaux, CTHS, Paris, 2005.
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