Des églises-halles romanes au gothique angevin

De l’époque romane à l’art gothique, l’Ouest de la France a développé des systèmes de voûtement très particuliers

L’architecture religieuse de l’Ouest de la France est d’une grande richesse mais elle possède surtout des particularités qui la rendent unique. Pourtant, elle s’inspire de courants artistiques venus de divers horizons, à la fois lointains et locaux.

Les originalités de l’Ouest de la France

Dès le début de la période romane, l’Ouest de la France cultive les particularités architecturales. Ainsi, les églises-halles du Poitou, comme celle de Saint-Savin-sur-Gartempe (1040-1090), possèdent trois nefs d’égale hauteur qui se contrebutent. Ce type de construction se retrouve aussi à Notre-Dame-la-Grande de Poitiers et à Chauvigny.

L’originalité architecturale de la région est rendue possible grâce aux nombreuses carrières de calcaire entre Garonne et Loire, ce matériau étant très facile à tailler. Les églises-halles ont aussi comme caractéristique d’avoir un abondant décor sculpté, notamment sur les façades écrans, comme à Notre-Dame-la-Grande de Poitiers.

Un peu plus au sud, d’autres expériences sont tentées pour voûter les larges nefs uniques des églises et cathédrales : les files de coupoles se multiplient.

Les files de coupoles et la tradition byzantine

De la fin du XIe siècle jusqu’au milieu du XIIe siècle, des chantiers importants se sont ouverts dans cette région. Nombreux sont ceux qui ont choisi comme mode de voûtement la coupole sur pendentifs, importée de l’Empire Byzantin.

La cathédrale Saint-Etienne de Cahors

La cathédrale Saint-Etienne de Cahors

Les édifices de ce type les plus anciens, les cathédrales Saint-Etienne de Cahors (1090-1150) et de Périgueux (vers 1100), l’abbatiale Saint-Front de Périgueux (après 1120), s’inspirent visiblement de la basilique Saint-Marc de Venise (IXe siècle) et, par conséquent, de l’église des Saints-Apôtres de Constantinople (520-550). Comme à Venise, les coupoles des édifices français sont visibles depuis l’extérieur.

Par la suite, les églises conçues avec ce mode de voûtement se multiplient dans la région, de la plus modeste à la plus riche. Sainte-Marie de Souillac (1075-1150) et la cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême (après 1110) en sont de très beaux exemples.

Une unité artistique et culturelle

La plupart des églises citées jusqu’à présent ont un point commun : elles sont situées sur le territoire du duché d’Aquitaine et certaines ont même été financées par un membre ou un proche de la famille ducale. C’est le cas de l’église-halle de Saint-Savin-sur-Gartempe, construite grâce à un don d’Aumode, épouse de Guillaume V, comte de Poitou et duc d’Aquitaine. La cathédrale d’Angoulême est, elle, commanditée par l’évêque Girard II, proche de la famille ducale sous Guillaume IX le Troubadour.

L'abbatiale de Fontevraud

L’abbatiale de Fontevraud

Même lorsque le duché passe aux mains de la dynastie anglaise des Plantagenêt, suite au mariage d’Aliénor avec le roi Henri II, la tradition ne se perd pas et l’abbatiale de Fontevraud (1105-1160), financée par Henri II lui-même, est encore voûtée selon ce principe.

Toutefois, les goûts architecturaux évoluent et les XIIe-XIIIe siècles voient l’émergence de l’art gothique. Là encore l’Ouest de la France se singularise. Les constructions de cathédrales sur le territoire des Plantagenêt sont peu nombreuses, à cette époque, car la période précédente a été riche en édifications. Seuls les diocèses de Poitiers et d’Angers ont entamé la construction de nouvelles cathédrales dans le courant du XIIe siècle.

Le gothique angevin ou gothique plantagenêt

La cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, financée par Henri II Plantagenêt, reprend la structure des églises-halles, avec ses trois nefs de même hauteur. Ici, toutefois, la voûte en berceau est remplacée par des croisées d’ogives, selon la mode « gothique », mais elles sont tellement bombées qu’elles ressemblent à des coupoles.

La Cathédrale Saint-Pierre de Poitiers

La Cathédrale Saint-Pierre de Poitiers

La cathédrale Saint-Maurice d’Angers, qui elle possède une nef unique comme les églises à files de coupoles romanes, reprend ce voûtement particulier et lui donne son nom : le gothique angevin (ou plantagenêt). Ce style architectural a connu un certain succès mais reste cantonné à l’Ouest de la France, bien qu’on le retrouve plus au nord, dans la cathédrale du Mans, et plus au sud, dans la cathédrale de Bordeaux.

Le gothique angevin s’est ensuite exporté, quand la famille d’Anjou a envahi la Sicile au XIIIe siècle, mais son expansion est restée limitée et ce style architectural ne peut être considéré que comme un style régional.

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