Au fil de la Bièvre, la rivière ensevelie de Paris

Considérée comme un égout de la capitale ou simplement inconnue parce qu’enterrée sous le sol parisien, la Bièvre est une rivière pourtant bien vivante.

La Bièvre est une petite rivière d’Ile-de-France : de Guyancourt, où elle prend sa source, jusqu’à la Seine où elle se jette, au niveau de la gare d’Austerlitz, elle parcourt un peu moins de quarante kilomètres. Aujourd’hui, son lit urbain est entièrement recouvert par un important remblai mais l’observateur averti décèle des indices de sa présence dans le parcours des rues ou dans le nom des lieux.

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Les traces dans le paysage parisien

La rue de Bièvre, dans le 5e arrondissement, est la trace la plus évidente laissée par la Bièvre à Paris. Elle témoigne du lieu où l’ancien cours de la Bièvre se jetait dans la Seine. Aujourd’hui, son parcours s’achève au niveau de la gare d’Austerlitz. Dès son entrée dans Paris par le parc Kellerman, on peut suivre son tracé à travers les rues. La Bièvre se sépare tout de suite en deux bras, la Bièvre morte et la Bièvre vive, qui sillonnent toute la partie ouest du 13e arrondissement, entre l’avenue d’Italie et la rue de la Glacière.

La Bièvre morte suit d’abord la Poterne des Peupliers pour ensuite emprunter la rue de la Colonie, la rue de la Fontaine-Mulard, la place Rungis, la rue Brillat-Savarin et la rue Vergniaud. Elle rejoint la Bièvre vive sous le boulevard Auguste Blanqui. Le second bras est presque parallèle et dessine les rues Damesme, du Moulin-des-Prés, Tolbiac, passe au pied de l’église Sainte-Anne de la Butte-aux-Cailles, descend la rue Bobillot jusqu’à la rue de la Colonie et rejoint ensuite la Bièvre morte en passant notamment sous la rue Daviel.

Passé le boulevard Blanqui, la Bièvre se sépare à nouveau en deux bras qui dessinent les contours du square René Le Gall, longent la manufacture des Gobelins par les rues Croulebarbe et Berbier-du-Mets, et se rejoignent à nouveau à l’angle de la rue Mouffetard et de la rue Monge, dans le 5e arrondissement. Ensuite, la Bièvre rejoint la Seine, en ligne droite, en longeant le Jardin des Plantes. La rue de Jussieu correspond à l’ancien canal Victorin qui a, pendant longtemps, servi à alimenter en eau l’abbaye Saint-Victor.

La triste histoire de la Bièvre à Paris

Jusqu’en 1860, date à laquelle le faubourg Saint-Marcel intègre le territoire de la capitale, le cours de la Bièvre circule dans Paris sur une assez courte distance. La rivière sillonne surtout à travers le faubourg industrieux du sud parisien et alimente en eau les ateliers des teinturiers, tanneurs, tisserands et autres mégissiers installés dans les moulins qui la bordent ; le plus connu d’entre eux étant le teinturier Jehan Gobelin qui a donné son nom au quartier puis à la manufacture royale.84285_fr_avril20100

Au XVIIIe siècle, la Bièvre est devenue insalubre du fait des rejets des déchets industriels et ménagers des riverains : abattoirs, tanneries, hôpital, etc. Des déchets arrivent même de la Montagne Sainte-Geneviève via le canal Victorin, déjà considéré comme un égout. Dès le début du XIXe siècle, des projets voient le jour pour résoudre ce grave problème de santé publique. En 1822, la canalisation de la Bièvre est proposée. Les travaux débutent en 1828 et s’achèvent en 1840, la première étape étant la destruction des moulins. Malgré cela, la Bièvre reste insalubre car elle continue toujours à recevoir les déchets des industries qui la bordent.

Une solution radicale est alors envisagée, en 1868 : sa couverture. Le projet est de très grande ampleur car la vallée de la Bièvre est très encaissée. Ainsi, rue Tolbiac, au niveau de l’actuelle église Sainte-Anne, le lit de la rivière est à une profondeur de onze mètres. Le remblai nécessite un travail colossal et l’expropriation des riverains coûte une fortune.

En 1902, la grande majorité du cours parisien de la Bièvre est enseveli. Il reste seulement 540 m découverts, de la rue Croulebarbe au boulevard Arago, c’est-à-dire le long de la manufacture des Gobelins. Ce « bief des Gobelins » subsiste encore pendant dix ans et, en 1912, il ne reste plus de trace de la Bièvre à Paris, si ce n’est la toponymie et le tracé des rues. Pourtant, elle n’a pas quitté les mémoires et aujourd’hui des initiatives diverses tentent de la ressusciter.

La Bièvre ressuscitée ?

Aujourd’hui, la Bièvre est l’égout collecteur principal de la rive gauche. Triste destin pour la deuxième rivière parisienne. Pourtant, les initiatives pour la faire revivre ne manquent pas. Plusieurs projets pour faire réapparaître la rivière en divers lieux ont finalement été abandonnés mais d’autres voient le jour régulièrement et, à 2 ans du centenaire de sa disparition, de nombreuses initiatives, publiques et privées, cherchent à raviver la mémoire de la Bièvre. En voici quelques unes :84268_fr_0504201007

  • En 2007, la Mairie de Paris prévoit que, tout au long de son parcours parisien, des plaques commémoratives, visibles ça et là sur les trottoirs, rappellent la présence de la Bièvre et de ses moulins aux promeneurs.
  • Le syndicat mixte de la Bièvre oeuvre pour l’entretien et la renaissance de la rivière, tout au long de son parcours.
  • Lézarts de la Bièvre est un collectif d’artistes des 13e et 5e arrondissements qui, tous les mois de juin, depuis 2001, ouvre ses ateliers aux visiteurs et propose à un artiste d’essaimer ses œuvres sur le parcours de la Bièvre.
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